|
|
|
|||||||||
|
||||||||||
Une riche vie de pauvreNaissance Suis-je né le 29 ou le 30 novembre 1906 ? Personne ne l'a jamais su. Mon père, en allant me déclarer à la section de Pordiac dont nous dépendions et où résidait alors le maire, oublia la date précise de mon arrivée en ce monde. Il la fixa arbitrairement au 30, et c'est ainsi que j'ai peut-être été rajeuni d'un jour. J'étais prévu. On savait que j'allais venir. La preuve en est que, pour compenser l'aide que les femmes, obligées de s'occuper de moi, ne fourniraient plus à la moisson, on avait acheté une lieuse cette année-là. Je n'étais pas désiré. Mon père, qui d'ailleurs manquait d'imagination, avait d'autres chats à fouetter que penser à un bébé. Pour ma mère, je ne pouvais être qu'un embarras. Et ma grand-mère ne se serait pas aventurée à émettre une opinion qui eût pu déplaire à sa fille... Je surgis donc, sans que fussent vraiment préparés ni les esprits, ni les choses. Mon baptême en témoigne. Il n'était pas question d'omettre le sacrement. Mais on n'avait choisi ni le prénom, ni le parrain, ni la marraine. Avant de se rendre à la mairie, mon père alla donc consulter le curé, escomptant de lui une solution à tous les problèmes. Le desservant, jeune et dégourdi, conseilla de me donner comme parrain un enfant de choeur du voisinage, Camille Long, calme et pieux, qui devait mourir au front à vingt ans, et pour marraine une marguillière d'âge rassis, Marie Feuga, plus connue sous le nom de Marie des Jouars. On me prénommerait donc Camille. Aiguillonné d'un saint zèle, le prêtre ajouta de sa propre autorité, sur le registre ecclésiastique, Saturnin, qui était le saint du jour, et, pour des raisons plus obscures, Moïse. En sorte que, jusqu'à mon mariage et sauf dans les pièces officielles, on ne m'a jamais appelé que Moïse... Retour à la liste |
| Medusis, maison fondée à Paris en 1999. |